La pension de réversion est un revenu que les banques prennent en compte pour accorder un prêt, au même titre qu'une retraite personnelle, à condition de présenter les notifications définitives des caisses. Un retraité veuf qui cumule sa propre pension et une réversion peut donc financer une voiture, des travaux ou un rachat de crédits, dans la limite de 35 % d'endettement.
La réversion représente une fraction de la retraite du conjoint décédé : 54 % au régime général, sous condition de ressources, et 60 % à l'Agirc-Arrco, sans condition de ressources. Les deux parts sont versées par des caisses différentes, à des dates distinctes, et leur montant peut évoluer pendant les premiers mois, ce qui explique la prudence des prêteurs juste après un décès.
Quand la réversion devient un revenu solide pour la banque
Au régime général, la réversion peut être révisée si vos ressources changent, jusqu'à ce qu'elle devienne définitive : trois mois après la liquidation de toutes vos retraites personnelles, ou à un âge fixé par la réglementation si vous n'en avez pas. Le prêteur préfère donc une réversion figée, accompagnée de l'attestation de paiement la plus récente.
Exemple : Martine, 71 ans, veuve depuis 2025, perçoit 980 € de retraite personnelle, 610 € de réversion du régime général et 420 € de réversion Agirc-Arrco, soit 2 010 €. Pour une voiture de 12 000 € sur 5 ans, avec une hypothèse de taux de 6,5 %, la mensualité de 235 € représente 11,7 % de ses revenus.
Quelles règles diffèrent selon les régimes ?
| Régime | Taux | Âge minimal | Ressources | Remariage |
|---|---|---|---|---|
| Régime général | 54 % | 55 ans | Plafond à respecter | Maintien, mais ressources du nouveau foyer prises en compte |
| Agirc-Arrco | 60 % | 55 ans | Aucune condition | Suppression définitive |
| Fonction publique | 50 % | Aucun | Aucune condition | Suspension en cas de remariage, PACS ou concubinage |
Ce que le prêteur vérifie
La banque additionne les pensions nettes et les réversions, puis applique son calcul d'endettement. Elle demande les notifications d'attribution, les trois derniers relevés de compte et l'avis d'imposition. Si vous vivez de nouveau en couple au régime général, elle anticipe une révision possible du montant et peut appliquer une décote.
La part partagée avec un ex-conjoint
Lorsque le défunt avait été marié plusieurs fois, la réversion est partagée au prorata des durées de mariage. Le montant perçu peut donc être inférieur à vos attentes, et seule la notification de la caisse fait foi pour le dossier de crédit.
Les premiers mois après le décès : prudence
La demande de réversion peut se faire en ligne en une seule fois pour tous les régimes, mais l'instruction prend souvent plusieurs mois. Pendant ce délai, les revenus baissent alors que certaines dépenses augmentent. Les comptes du défunt sont bloqués jusqu'au règlement de la succession, sauf pour payer les frais d'obsèques dans une limite fixée par arrêté.
Si le défunt était co-emprunteur et assuré, son assurance décès rembourse la part couverte du crédit immobilier en cours. Il faut déclarer le sinistre rapidement à l'assureur avec l'acte de décès : c'est souvent la première source d'allègement des charges, avant même la réversion.
Les erreurs qui retardent ou compromettent le prêt
Solliciter un crédit avec la seule attestation de dépôt de la demande de réversion mène presque toujours à un refus ou à un montant réduit. Autre erreur : oublier de signaler un remariage à l'Agirc-Arrco, ce qui crée un trop-perçu à rembourser et fragilise la capacité d'emprunt. Enfin, la souscription rapide d'un crédit renouvelable pour couvrir la période d'attente alourdit durablement le budget.
Le cas du veuf ou de la veuve de moins de 55 ans
Avant 55 ans, la réversion du régime général n'est pas ouverte, sauf exceptions. L'allocation veuvage prend le relais pendant deux ans au plus, avec un montant maximal de 719,58 € par mois en 2026. Les banques la considèrent comme temporaire et ne la retiennent généralement pas pour un prêt de longue durée.
Réévaluer son assurance emprunteur
Pour un nouveau prêt, l'assurance individuelle déléguée est souvent moins chère que le contrat groupe après 65 ans. Elle doit couvrir au minimum le décès, garantie exigée par presque tous les prêteurs pour un pensionné de plus de 70 ans.
Projets finançables et solutions adaptées
Garder la maison familiale et la mettre aux normes, remplacer un véhicule, aider un petit-enfant ou regrouper les crédits devenus trop lourds sont les projets les plus courants. Un prêt immobilier reste possible avec une durée courte, et les courtiers indiquent que des fins de prêt vers 80 ans sont acceptées lorsque l'assurance suit.
Exemple de regroupement : André, 76 ans, veuf, reçoit 2 350 € de pensions et réversions. Le couple avait laissé 940 € de mensualités, devenues 40 % de ses revenus. Un regroupement de 50 000 € sur 10 ans, avec une hypothèse de taux de 3,5 % et une garantie hypothécaire sur sa maison, ramène la charge à environ 495 € hors assurance, soit 21 % de ses ressources.
Étapes pour emprunter avec une réversion
- Déposer la demande unique de réversion en ligne pour tous les régimes du défunt.
- Déclarer le décès à l'assureur des prêts en cours pour obtenir la prise en charge.
- Attendre les notifications définitives de chaque caisse avant de solliciter un prêt.
- Calculer son taux d'endettement sur l'ensemble des pensions nettes.
- Demander une offre d'assurance déléguée en plus de celle de la banque.
- Comparer au moins deux offres et vérifier le TAEG par rapport au taux d'usure.
Si le budget ne suffit pas
Le Crédit municipal propose un accompagnement budgétaire gratuit et des prêts sur gage pour franchir la période d'attente. Les caisses de retraite et le centre communal d'action sociale peuvent accorder une aide ponctuelle. Un retraité veuf aux faibles ressources doit aussi vérifier ses droits à l'ASPA, plafonnée à 1 043,59 € par mois pour une personne seule en 2026.
Le logement comme ressource
Propriétaire seul après succession, le conjoint survivant peut mobiliser son logement par un prêt viager hypothécaire ou une vente en viager, sans mensualité. Ces solutions réduisent l'héritage des enfants et méritent une discussion familiale préalable chez le notaire. Le notaire vérifie aussi les droits du conjoint survivant, usufruit ou quart en pleine propriété, qui conditionnent la possibilité de donner le bien en garantie.
Questions fréquentes
La réversion est-elle imposable ? Oui, elle est soumise à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux comme une retraite. Les banques raisonnent sur le montant net perçu.
Un concubinage supprime-t-il la réversion Agirc-Arrco ? Non, seul le remariage y met fin. Au régime général, les ressources du concubin sont en revanche prises en compte.
Puis-je emprunter avant la fin de la succession ? Oui, sur vos revenus propres, mais la banque attend généralement l'acte de notoriété et la notification de réversion.
La réversion a-t-elle été revalorisée en 2026 ? Oui, les pensions de base, droits dérivés compris, ont progressé de 0,9 % au 1er janvier 2026.
Organismes et offres à contacter
- Crédit Municipal de Paris : Banque publique qui associe prêt sur gage immédiat, épargne solidaire et accompagnement budgétaire gratuit via son équipe Parcours Budget, utile pendant l'attente de la réversion.
- Pretto – simulateur de prêt immobilier : Courtier en ligne Pretto : calculette gratuite pour estimer mensualité, capacité d'emprunt et coût total d'un prêt selon vos revenus, pension de réversion comprise.
