Une pension de réversion est prise en compte par les prêteurs comme un revenu à part entière, viager et versé chaque mois. Additionnée à votre propre retraite, elle peut suffire pour un prêt personnel, un crédit travaux ou un rachat de crédit, à condition de présenter des notifications définitives et un budget qui intègre la disparition des revenus du conjoint.
La réversion se compose généralement de deux étages. Le régime de base verse 54 % de la retraite du défunt, à partir de 55 ans et sous condition de ressources. L'Agirc-Arrco verse 60 % des points complémentaires, dès 55 ans pour un décès depuis 2019, sans condition de ressources mais avec une fin définitive en cas de remariage. La MSA applique des règles proches pour les assurés agricoles.
Réversion et revenus retenus par la banque
Pour l'analyse de solvabilité, le banquier additionne votre pension personnelle, la réversion du régime de base et celle de la complémentaire. Les trois figurent sur les attestations fiscales et sur les relevés bancaires. La difficulté vient du délai : tant que la réversion n'est pas notifiée, seule votre retraite personnelle compte, et la capacité d'emprunt paraît beaucoup plus faible qu'elle ne l'est.
Un montant de base encore révisable
La part versée par le régime de base dépend de vos ressources. Elle peut donc être révisée tant qu'elle n'est pas définitivement fixée, en général après la liquidation de toutes vos retraites personnelles. Un prêteur averti demandera la notification la plus récente. La part complémentaire, elle, ne varie pas avec les ressources, ce qui en fait la composante la plus rassurante du dossier.
Cas pratique : refaire une toiture à 68 ans
Monique, 68 ans, touche 900 € de retraite personnelle, 480 € de réversion de base et 350 € de réversion Agirc-Arrco, soit 1 730 € par mois. Propriétaire de sa maison, elle doit refaire la toiture pour 8 000 €. Sur 60 mois à 5 %, la mensualité atteint environ 151 €, soit un taux d'effort de 8,7 %. Le dossier est solide, même sans co-emprunteur.
Quand le remariage change la donne
Un remariage met fin à la réversion Agirc-Arrco, alors qu'un Pacs ou un concubinage ne la suppriment pas. La part de base peut aussi baisser si les ressources du nouveau foyer dépassent le plafond. Avant de signer un crédit long, mieux vaut mesurer ce que deviendrait le budget sans ces montants, surtout si le projet de vie commune est déjà là.
Quel crédit selon votre projet ?
La réversion permet souvent de revenir vers le crédit classique après une période de revenus amputés. Le tableau compare les financements accessibles selon le montant recherché, avec l'interlocuteur à privilégier.
| Besoin | Financement adapté | Interlocuteur conseillé | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Moins de 3 000 € (obsèques, équipement) | Microcrédit accompagné ou aide de la caisse | Crédit municipal, CCAS, action sociale de la caisse de retraite | Projet précis exigé |
| 3 000 à 20 000 € (travaux, voiture) | Prêt personnel ou affecté | Votre banque, un Crédit municipal, un courtier | Âge en fin de prêt et assurance |
| Plusieurs crédits en cours | Rachat ou regroupement de crédits | Courtier spécialisé, Crédit municipal | Durée allongée, coût total plus élevé |
| Logement à garder après le décès | Rachat de soulte, prêt immobilier | Banque et notaire | Taux d'endettement de 35 % maximum |
Le rachat de soulte, sujet fréquent après un décès
Lorsque le logement est en indivision avec les enfants, garder la maison oblige parfois à racheter leurs parts. Le prêt immobilier correspondant reste soumis aux règles du HCSF : 35 % d'endettement et 25 ans maximum. À 70 ans, une durée de dix à douze ans et une assurance adaptée à l'âge sont plus réalistes ; un prêt viager hypothécaire peut aussi être étudié à partir de 60 ans.
Faire jouer les assurances du conjoint disparu
Avant tout nouveau crédit, vérifiez les contrats du défunt. Si un prêt immobilier était assuré sur sa tête, l'assureur rembourse la part couverte, ce qui allège immédiatement votre budget. De même, une assurance-vie ou un contrat obsèques versent un capital. Ces sommes, déclarées au notaire, évitent bien souvent d'emprunter pour régler les frais de succession.
L'action sociale des caisses en relais
Pendant les mois d'attente de la réversion, les caisses de retraite peuvent accorder une aide ponctuelle, notamment pour les frais d'obsèques ou une facture urgente. La MSA propose aussi un simulateur de réversion via Info-retraite. Ces aides ne se remboursent généralement pas : elles passent avant tout crédit.
Les étapes pour emprunter avec une réversion
- Déposez la demande de réversion auprès de chaque régime dans les douze mois suivant le décès : au-delà, les arrérages ne sont rétroactifs que de douze mois à l'Agirc-Arrco.
- Conservez les notifications de chaque caisse, qui indiquent montant, date d'effet et caractère provisoire ou définitif.
- Recensez les contrats du défunt : assurances de prêt, assurance-vie, prévoyance, et faites jouer les garanties.
- Établissez un budget sur douze mois intégrant la baisse des revenus du foyer et la disparition éventuelle de certaines charges.
- Comparez au moins trois offres, dont celle d'un Crédit municipal, qui finance parfois les retraités plus tard que les banques.
- Choisissez une durée qui laisse une marge confortable : une mensualité inférieure à 15 % des revenus protège d'un imprévu.
Ce qui provoque les refus
Le dossier déposé trop tôt est le motif le plus courant : sans notification, le banquier ne retient pas la réversion. Viennent ensuite les comptes joints non clôturés ou bloqués pendant la succession, qui brouillent la lecture des relevés, et les crédits renouvelables souscrits pour faire face aux premiers mois. Attendre la notification, ouvrir un compte personnel et solder le crédit renouvelable améliorent nettement les chances.
Ne pas confondre réversion et allocation veuvage
Avant 55 ans, la réversion du régime de base n'est pas versée : c'est l'allocation veuvage qui peut prendre le relais, temporairement et sous conditions. Son caractère provisoire en fait un revenu que les banques retiennent peu. Un emprunteur dans ce cas doit privilégier un microcrédit ou attendre la réversion définitive.
La succession bloque-t-elle un emprunt ?
Non, vous pouvez emprunter en votre nom propre pendant la succession. Un prêteur peut toutefois attendre l'acte de notoriété ou la déclaration de succession pour connaître votre patrimoine réel, surtout si une garantie sur un bien hérité est envisagée.
Réversion et crédit : vos questions
La réversion est-elle versée à vie ? Oui, sauf remariage pour la part Agirc-Arrco et sauf révision liée aux ressources pour la part de base tant qu'elle n'est pas définitive. C'est pourquoi les prêteurs la considèrent comme un revenu stable.
Un ex-conjoint partage-t-il ma réversion ? Oui, la réversion est répartie entre conjoint et ex-conjoints au prorata de la durée de chaque mariage. Votre part peut donc être inférieure au taux plein de 54 % ou de 60 %.
Faut-il une assurance emprunteur à 75 ans ? Elle n'est pas légalement obligatoire pour un crédit à la consommation, mais beaucoup de prêteurs l'exigent. Certains Crédits municipaux assurent jusqu'à 85 ans en fin de prêt.
Puis-je racheter les crédits contractés à deux ? Oui. Un rachat de crédits au seul nom du survivant est possible si sa nouvelle capacité de remboursement le permet, après application des assurances qui couvraient le défunt.
D'autres leviers que l'emprunt
Le logement social, l'aide personnalisée au logement recalculée sur vos nouveaux revenus, la complémentaire santé solidaire ou un éventuel droit à l'ASPA allègent durablement le budget. Pour un propriétaire, la vente en viager ou la location d'une chambre à un étudiant apportent un revenu supplémentaire, que le banquier prendra ensuite en compte.
Organismes et offres à contacter
- Agirc-Arrco – pension de réversion : Conditions de la réversion complémentaire : 60 % des points dès 55 ans, sans condition de ressources, partage entre ex-conjoints et délai de demande.
- MSA – veuvage, réversion et pension d'orphelin : Pour les assurés agricoles : demande de réversion, allocation veuvage avant l'âge requis et accès au simulateur de réversion Info-retraite.
